XXIVème Conférence CESE, Uppsala 2010
Instruction, Créativité et Éducation
Stratégies, politique, performances
Le monde en Europe et l’Europe dans le monde
Les traditions d’éducation comparative comme domaine d’études nous incitent à prêter assistance pour formuler et mettre en œuvre une stratégie d’éducation. Le motif de la question « jusqu’où pouvons-nous apprendre tout ce qui a une valeur pratique de l’étude des systèmes d’éducation étrangers ? » nous incite à agir dans le monde. Ainsi, dans la course actuelle aux réformes, nous avons devant nous un travail considérable.
Peut-être. Mais avant de nous précipiter pour y participer, il existe une question antérieure et préalable : quel monde construirions-nous alors ? Avant d’agir, nous pourrions utiliser un autre motif de l’histoire de la CESE. Qu’en pensons-nous en qualité d’universitaires ?
La rhétorique et les stratégies de l’« économie de la connaissance » nous dirigent apparemment vers un avenir défini et confiant. Cet avenir a été rigoureusement déduit d’une définition de la nature de la nouvelle économie mondiale qui définit le type de sagesse politique nécessaire pour la survie et les informations, créativités et connaissances nécessaires pour la réussite économique. Cet avenir est l’un des plus discontinus des visions utopiques récentes du progrès ; la rupture proposée est brusque jusqu’à la violence culturelle. Les anciennes notions de société, de régime, de sagesse et de bonnes connaissances ne sont pas d’une pertinence évidente ; et elles peuvent, certes, devenir des obstacles. Le défi adressé aux éducateurs d’inventer un tel avenir, les conditions de l’éducation, est sévère ; les exigences politiques et professionnelles sont urgentes dans les écoles, les collèges et les universités ; et, on le sait bien, la crise est aiguë.
Est-ce ainsi ? N’y a-t-il aucune continuité ? Tout est-il perdu ou à jeter, à démonter délibérément, dans une vision utopique et déterministe de la « nature nécessaire » des sociétés modernes, et le fait que la plupart des sociétés se rappelleront, pour des raisons bien connues des politiciens et spécialistes contemporains des sciences humaines. ? Probablement pas. C’est-à-dire que nous sommes sans doute en présence d’une « non-sagesse » exprimée dans les discours contemporains et très visibles concernant ce qui doit arriver. Il est vraisemblable que le futur ne puisse pas être déduit de manière aussi arrogante des premiers principes.
Toutefois, si l’avenir ne doit pas être déduit des premiers principes (essentiellement des visions d’une nouvelle sorte d’économie mondiale), une vision non informée sur la longue durée, non informée en aucune manière des différences interculturelles, non informée du sens aigu de l’éventail des identités culturelles, religieuses, nationales et sous nationales, de classe et de sexe, les identités à travers lesquelles un large éventail de régimes reconstitue une cohésion et une identité sociale, si, au lieu de cela, tant de choses sont apparemment un exercice de déduction des premiers principes économiques, donc comment pouvons-nous penser, de manière alternative et comparative, à nos passés variés et nos futurs flexibles ? Ils sont nos passés et nos avenirs.
La Conférence actuelle retourne ainsi à des questions classiques, permanentes, comparatives et éducationnelles : quelles sont nos « règles d’ordre » existantes, nos visions de la connaissance, nos idées de la sagesse, notre sens de la nature changeante des états pendant les deux siècles passés et notre sens des nouvelles formations étatiques (qui ne sont pas tout simplement ou uniquement des « états de la connaissance ») ?
A quel point notre ancienne confiance en la connaissance, la sagesse, l’originalité et la créativité a-t-elle besoin d’être annulée : sommes-nous déjà dans l’avenir, y sommes-nous déjà entrés ? Et un avenir d’une telle clarté que les agendas précédents d’universités, d’écoles, d’enseignants, d’enseignement, d’innovation, de scolarité et de recherche devraient maintenant être éliminés ?
Et si la réponse à ces questions est « non » ou « plutôt non » ou « certainement pas », alors la tâche analytique est de repenser. Nous devrions demander, comparativement, sociologiquement et historiquement, quelles discontinuités avec cet avenir « connu et défini » devraient et doivent être créées, et sur la base de quels principes ? Autrement dit, sur la base de notre pensée comparative et de notre éventail de scolarités d’universitaires, avons-nous formulé des pensées sur la nature de l’identité instruite, sur la mutation sociale rapide et sur la bonne politique et la cohésion sociale ? Quel est le combat (y a-t-il un combat) qui devrait être mené sous les mots d’ordre apparemment urgents mais idéologiquement chargés de formation qualifiée et d’apprentissage tout au long de la vie qui sont si puissamment marqués dans les discours « internationaux » ?
Les Groupes de travail qui, dans la tradition du CESE, fonctionnent en continu comme des séminaires roulants pendant toute la durée de la Conférence, offrent un espace pour ces thématiques. Les Groupes de travail sont les lieux pour des exposés scolaires qui reflètent, analysent et réfléchissent sur les questions de cette importance, avec pour toile de fond le motif suivant : qu’est-ce qui, au XXIème siècle, comptera ou devrait compter comme une bonne instruction, dans la mesure où cette thématique peut être saisie par une analyse et une réflexion comparatives ?
Si nous estimons, comme de nombreux universitaires ainsi que quelques économistes et hommes politiques sembleraient le croire, que Les Lumières, les universités et les écoles, dans leurs formes traditionnelles, sont non seulement mourantes mais devraient être expédiées plus rapidement à leur mort social ? Qu’en serait-il alors de la nature de la nouvelle créativité : serait-elle infiniment postmoderne, infiniment personnalisée et flexible ? Et les nouvelles formes de créativité apparemment nécessaires maintenant pour la survie régionale, sont-elles également nécessaires pour conserver aux sociétés leur fluidité, leur inventivité, leur innovation, le défi social darwinien par lequel survivraient et évolueraient les systèmes sociaux ?
Nous demandons des exposés sur Les Lumières et l’instruction, dans des formes culturelles différentes. Nous demandons des exposés sur les manières dont les formations étatiques sont liées aux idéologies éducationnelles contemporaines. Nous espérons que certains collègues choisiront de faire des exposés sur la manière dont évoluent les « identités » dans une variété de contextes politiques et sociaux. Nous devrions aussi déchiffrer la relation entre les créativités et les compétences, surtout comme elles sont encadrées par des systèmes d’instruction gouvernés, inspectés et munis d’une « assurance qualité » de manières au nombre étonnamment restreint, avec des enseignants exposés à des encouragements puissants, et à de sévères restrictions, qui varient de manière frappantes.
Alors la Conférence va se poser la question suivante : quelles sont les natures contemporaines et émergentes des régimes et les stratégies de l’avenir, et qui le dit ? En considérant l’agenda de compétences et de performances demandées, quelles devraient être, dans notre vision du futur, les performances à attendre des écoles, des universités et des systèmes de formation d’enseignants, et quels sont les modèles délicats ou puissants de gouvernance éducationnelle, de supervision et d’appréciation qui encourageront ces performances ?
Quelles sont, dans une perspective comparative, les énormes forces historiques, sociologiques et économiques qui influencent nos idées et nos hypothèses sur l’identité et la sagesse ainsi que le futur des régimes et des économies ? Existe-t-il vraiment des idées d’éducation et des idées professionnelles qui fournissent une autre définition des notions d’identités que l’économie, ainsi que l’acquisition d’aptitudes pour la connaissance ?
Il y a peut-être une chose qui peut être tranquillement affirmée par les éducationnistes, dans le bruit orageux de la mondialisation, de l’économie de la connaissance, de la formation d’aptitudes et de l’innovation : la tragédie wagnérienne d’un discours international de modernisme qui redéfinit non seulement les systèmes d’instruction et de formation supérieure, mais aussi le concept même de l’instruction elle-même et qui, tout au moins implicitement, annule plusieurs millénaires de sagesse éducationnelle et culturelle.
